Bienvenue en Macronie

, par udfo61

Les personnes n’étant pas au courant de la venue du Président de la République « dans un petit village normand » ce jeudi 12 avril 2018 devaient être recluses dans une petite île lointaine tel Robinson Crusoé. Le Président venait effectivement dans le « trou du c… du monde » dire à ces ploucs de ruraux qu’ils n’avaient décidément rien compris à sa politique et qu’il allait donc faire un peu de « pédagogie » pour qu’ils comprennent. Un peu bouchés ces campagnards et ces petits vieux ! Voici donc, comment ces « bouseux » ont été accueillis en Macronie, chez eux à Berd’huis (61)…

Une rencontre ?

Comme à chaque venue d’un Président de la République dans le département, les organisations syndicales demandent à être reçues pour exprimer leurs revendications et échanger sur les problèmes locaux ou généraux. Avec tous les prédécesseurs de l’actuel président, des rencontres ont été organisées sur le lieu même de la présence du Chef de l’État, sans aucune difficulté. Certes avec des conseillers, mais il y avait un certain respect des organisations syndicales. Là ce fût beaucoup plus compliqué. Depuis le lundi 9 avril, un rassemblement intersyndical était prévu à 11 h 30 le jeudi devant l’école de Berd’huis. Tardivement (le mercredi), on nous accorde une rencontre avec un conseiller à la sous-préfecture de Mortagne-au-Perche (au plus court : 28,7 km de Berd’huis , 32 minutes de trajet ) à 11 heures ! Comme par hasard. Il était sûr que nous ne pourrions être présents au rassemblement si l’on acceptait ce rendez-vous. On avait comme l’impression qu’on essayait de nous éloigner de Berd’Huis pour nous empêcher de manifester, mais nous avons peut-être l’esprit un peu tordu et nous sommes peut-être parano. L’intersyndicale propose alors d’organiser la rencontre à Berd’huis (il y a bien un lieu républicain dans cette commune, la mairie par exemple) à 11 heures. Refus. Autres propositions de l’intersyndicale : d’accord à Mortagne mais à 9 heures ou bien à 14 heures. Réponse encore plus tardive (mercredi après 19 heures) par l’intermédiaire des Renseignements généraux : « C’est à 11 h à Mortagne ou c’est rien ». L’intersyndicale a décidé de refuser cette injonction. Nous décidons que ce ne sera RIEN ! Une première (dans l’Orne tout au moins). Voilà la nouvelle conception du dialogue social façon Macron.

Une manifestation ?

Allez, tous à Berd’huis ! Oui mais voilà ! On n’entre pas en Macronie comme dans un moulin ! Le village est bouclé, et quand on dit bouclé, ce n’est pas une image ! «  Un important dispositif de sécurité a été mis en place jeudi matin, autour de Berd’huis, où organisations syndicales et partis politiques de gauche avaient appelé à manifester. Le chef de l’État, attendu sur de nombreux sujets, s’est offert un petit bain de foule à son arrivée à Berd’huis, vers 12 h 15, loin des opposants, tenus à distance par les forces de l’ordre.  » Et pour cause : 2 compagnies de CRS, 1 escadron de gendarmes mobiles, une brigade cynophile, les gendarmes « locaux », la police, les renseignements généraux, un hélicoptère… Le grand jeu. Et l’accès au village est impossible (et pourtant on connaît le coin !) que ce soit en voiture ou même à pied. En réalité toutes les routes d’accès étaient fermées à au moins 3 km du village. Au total un no man’s land de plus de 26 km² privatisé, macronisé ! Au plus près du village (carrefour D11 avec D9 à 2.5 km du camp retranché), nous avions devant nous un premier rideau fourni par la gendarmerie « locale », un deuxième composé de la police (brassard rouge au bras) et des renseignements généraux, un troisième assuré par les motards, puis en quatrième rideau (après la voiture de la brigade cynophile), les CRS (6 camionnettes bien remplies) avec quelques hommes lourdement protégés et … armés en protection des ces camionnettes ! Nous manifestons donc au milieu de nulle part, au cœur du bocage percheron devant un déploiement de force démesuré. Bref, nous nous retrouvons au cœur d’un état policier où toute expression est muselée, empêchée.

Des perturbations

La pauvre école « modèle » a du subir pas mal de contraintes et de perturbations. Trois enseignants (deux venus en renfort de l’instit titulaire : ah bon, un enseignant pour 30 élèves ce n’est pas assez ?) pour la classe de CE2 qui aura l’insigne honneur de voir passer le président. Il aura fallu rapatrier des écoles voisines un nombre suffisant de tablettes numériques pour faire croire que chaque élève en a une en routine pour les apprentissages de tous les jours. Une classe vidée totalement de ses élèves pour décor à l’interview et, donc, des élèves répartis dans les autres classes pour la journée. Des parents sommés d’amener et rechercher leurs enfants à l’école dûment munis de leur carte d’identité contrôlés par les forces de l’ordre : quelle ambiance pour les petites têtes blondes ! Une vie économique du village complètement stoppée à l’image du café restaurant du bourg : « Tous les midis, une cinquantaine d’ouvriers viennent déjeuner à l’hôtel-restaurant Le Croissant, à Berd’huis (Orne). Tous les midis, sauf ce jeudi 12 avril. Visite d’Emmanuel Macron oblige, les travailleurs n’ont pas pu passer le périmètre de sécurité. « C’est un scandale ! » Chantal, la patronne du Croissant, un hôtel-restaurant qui fait aussi bar-tabac, ne décolère pas. « Ses » ouvriers n’ont pas pu venir déjeuner dans son établissement de Berd’huis, comme c’est le cas d’habitude. En cause, le périmètre de sécurité établi par l’Elysée, qui interdisait, ce jeudi midi, l’accès à la commune de l’Orne à toute autre personne que les journalistes accrédités et les habitants du bourg.  » Et qui conclut « Bravo Macron !  », reprend Chantal au téléphone, se plaignant à une amie. « Pas de travail en restauration, pas de travail au tabac, et des gens qui défilent dans mes toilettes toute la journée !  » Sans compter une circulation déviée à plusieurs dizaines de kilomètres à la ronde, un livreur de repas pour personnes âgées interdit de faire ses livraisons (nous l’avons vu refoulé par les gendarmes au barrage où nous nous trouvions) ! etc.

Et tout cela à quel coût ? Je croyais qu’il n’y avait plus d’argent, qu’il fallait économiser jusqu’à aller piquer les sous dans le portefeuille des retraités ! Mais çà c’est encore une autre histoire !